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Amie d'enfance

Marie* et moi, on a mis longtemps a devenir amies. Vraiment. 

Marie était ma voisine, on avait 4 ans quand on s'est rencontrées pour la 1ère fois, on a discuté a travers une barrière.
Elle avait un frère, de 6 ans son ainé. Moi, ma petite sœur venait de naitre.
Nos parents sont devenus amis, par la force des choses : c'était quand meme plus pratique de s'organiser entre amis pour emmener les filles a l'école et les récupérer, tu vois ?

C'est à cause de/grâce à Marie que je fais de la musique. Parce que j'ai voulu faire comme elle, que ça nous faisait une après midi en commun, que j'étais curieuse et que ça arrangeait mes parents.
Pendant longtemps, Marie était amie avec ma petite sœur, pas avec moi. Parce que moi mon truc, c'etait lire des bouquins pendant des heures, et leur truc à elles, c'était jouer aux poupées pendant des heures. 

En 2000-2001, à 12 ans, Marie et moi sommes entrées a l'orchestre. Et c'est la que l'on a réellement commencé a être amies.

 Amies pour la vie, amies pour le meilleur et pour le pire, amies indécollables. 

On s'est tout raconté, nos coups de cœurs, nos premières fois, ma relation avec l'Homme Marié... On savait tout l'une de l'autre, on riait pour des conneries, on ne se séparait jamais -en dehors de l'école.
Marie et moi, on était très différentes, a tous les niveaux. Moi la grande rousse a la peau blanche parsemée de taches de rousseur et aux yeux bleus, elle la petite brune aux yeux marrons et a la peau mate.
Moi la grande gueule extravertie, elle la timide effacée. Moi le garçon manqué, elle la fille féminine.
Tellement différentes, mais tellement complémentaires aussi. 

A l'orchestre, on était assises l'une a coté de l'autre, et on a partagé une quantité phénoménale de fous rires.
Pendant les concerts, quand Marie avait un solo à faire, j'étais la seule à pouvoir la calmer, à l'aider à réussir. On était en symbiose. 

 

Marie et moi, c'était nous deux face au reste du monde.

Nous deux CONTRE le reste du monde. 

 

Et puis y'a eu l'année 2005.

L'année où je n'ai pas tout compris. Pas tout suivi. 

L'année où je n'ai pas su être cette amie formidable dont Marie avait tant besoin. 

Avec l'orchestre, on avait programmé une journée "détente", a la fin de l'année, pour nous remettre de nos émotions musicales, pour se retrouver ensemble, et décompresser.
Avec Marie, on était impatientes, comme toujours. 

Ce dimanche la, on partait à 6h du matin. J'ai attendu Marie, jusqu'à ce que le President de l'orchestre me dise que les parents de Marie avaient téléphoné, ils ne pouvaient pas venir à cause d'un imprévu familial. 

Le grand père de Marie était mort quelques semaines auparavant, et j'ai tout de suite pensé que sa grand-mère n'allait pas bien.
Marie n'a pas répondu a mes SMS, sa mère non plus.
Pendant tout le trajet, j'ai pas réussi a me défaire d'un putain de truc de merde qui me remuait l'estomac. Tu sais, ce truc qui te fait dire "y'a un truc qui cloche, c'est pas normal."

 

En 2005, je venais d'avoir 17 ans, et ma voisine, ma meilleure amie, mon amie d'enfance me manquait drôlement.  

 

Vers 9h, on a fait une pause sur une aire d'autoroute, et j'ai entendu des gens parler de choses bizarres.
Et finalement, Président m'a prise à part, pour qu'on parle ensemble.
Ou plutôt, pour m'annoncer que le vendredi, l'avant-veille donc, Marie avait avalé pas mal de cachets au lycée, qu'elle avait été transportée d'urgence à l'hôpital et qu'il n'en savait pas davantage. 

Mon monde s'est écroulé.

En une fraction de seconde, je l'ai détesté, lui et tous les autres. Je les ai détestés d'être au courant et de ne m'avoir rien dit avant. Je les ai détesté de m'avoir laissée partir avec eux, quand ma place était clairement ailleurs.
A 9h, je versais mes premières larmes, impossibles à stopper, à contrôler. 

J'ai passé ma journée à pleurer, à ne rien pouvoir faire d'autre que m'isoler et pleurer. Peu importait ce que pouvaient me dire les autres pour me consoler et stopper mes larmes, ça ne servait à rien. 

 

Vers 17h, la maman de Marie m'a téléphoné, et m'a passé Marie. On a pleuré, comme des connes, et on a pas su quoi se dire.
Marie rentrait chez elle, c'est tout naturellement que nous avons décidé de passer la journée du lundi ensemble. 

A partir de là, tout s'est enchainé, et j'ai rien vu venir. Les gens se sont mis à compter sur moi et à me responsabiliser plus que de raison, à chaque répétition quinze personnes me demandaient comment allait Marie et me disaient à quel point il fallait que je fasse attention à elle, et que je prenne soin d'elle surtout. Oui, prendre soin d'elle. 

J'étais sa meilleure amie, j'étais donc la seule à pouvoir la "guérir", à pouvoir prévenir une récidive, à pouvoir lui redonner un semblant d'équilibre et une épaule fidèle, droite, stable sur laquelle s'épancher. 

 

Et moi dans tout ça ? Apparemment, c'était pas important. Personne ne m'a demandé comment j'avais vécu ça, personne ne s'est dit que peut-être que moi aussi j'avais besoin qu'on prenne soin de moi, qu'on m'écoute, qu'on m'aide à aider Marie. 

Les parents de Marie ont décidé de la changer de lycée, et c'est comme ça qu'on s'est retrouvées dans le même établissement à la rentrée.
Marie avait gagné en assurance, en sourires. Moi, j'étais jamais tranquille. Inquiète dès que je ne la voyais pas arriver le matin, inquiète quand je ne l'apercevais pas pendant les recrés.
J'étais devenue hyper-protectrice, attentive au moindre signe, interprétant chaque sourire, chaque ombre qui passait dans ses yeux, redoutant la récidive, cherchant ce qui m'avait échappé la première fois. 

Je me suis demandée des centaines de fois pourquoi elle ne m'avait pas parlé de son mal-être, pourquoi elle ne m'avait rien dit, elle qui me disait tout. Je me suis demandée des centaines de fois ce que j'aurais fait si elle avait réussi son coup. Je n'ai toujours pas de réponse à ces questions, et elles continuent de me hanter aujourd'hui encore, 6 ans après. 

En septembre 2006, je suis partie au Luxembourg, Marie est partie à Lille. C'était la première fois que nos chemins se séparaient autant et pour si longtemps, mais je savais déja que notre amitié telle que nous l'avions vécue, faisait partie du passé.  

On s'est revues, souvent. Nos parents sont toujours amis, sa mère est à l'orchestre avec moi. Marie et moi, on n'a plus rien à se dire, on ne rit plus ensemble. 

 

Avec Marie, on pensait que notre amitié si solide, si évidente à nos yeux durerait toujours. Qu'elle faisait partie de ces amitiés indestructibles, indéfectibles, impossibles à dénouer. 

 

On s'est plantées.

 


 

Commentaires

  • Je crois que les meilleurs amis d'enfance sont fait pour ça, pour se faire les dents en quelques sortes et pour grandir. Un jour on réalise que malgré tout ce qu'on a vécu leur absence ne nous pose plus de problème et qu'en leur présence, on ne fait plus que meubler... On rencontre d'autres gens, la vie continue sans eux.

    Chouette article, très "vrai"

  • L'amitié n'est pas éternel malheureusement :(

  • Moi avec ma meilleure maie cela fait 10 ans que l'on se connait, on ne s'est ni vue ni parlée pendant 1 ans, on a pris chacune des chemins de vie (perso et pro) différents mais aujourd'hui c'est une amitié plus que jolie et qui étonne encore les gens...
    On peut parfois se planter sur des gens, ne pas en voir en voir pendant 20 ans et se retrouver comme si on s’était vu la veille, la vie est surtout faite de surprises (bonne ou pas)

  • Cet article m'a beaucoup touché. Mon histoire n'est pas pareil. Notre amitié-fusion a débuté à la fac, il y a 7 ans déjà. On faisait tout ensemble, on a même habité dans le même lit. On était peut etre un peu trop possessive l'une avec l'autre. Quand on a été toutes les deux célibataires, après une relation longue chacune de notre coté, notre amitié-fusion est devenu quasi une relation de couple, le sexe en moins. Qui dit relation de couple, dit disputes et jalousies. Ca s'est petit à petit désagrégé. Elle m'a piqué un mec, puis 2. On s'est jetée, on s'est retombé dans les bras. Puis elle a pris la decision de définitivement, et calmement me jeter quand elle a rencontré "the one". C'était lui ou moi, vu que je l'avais trouvé la 1ere, et que c'etait encore une situation bancale.
    Je n'ai pas essayé de revenir vers elle, mais elle me manque, et je check régulièrement par des amis commun qu'elle va bien. Il suffit que je sente son parfum, que j'entende sa chanson préférée, et j'ai juste envie d'etre contre elle et de lui raconter ma vie, mes amours, mes secrets...

  • c'est terrible comme histoire. malheuresement tant de chemins se croisent et se séparent ainsi.

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