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Paul

La semaine dernière, je me baladais dans le métro quand d’un seul coup, dans la vitre, j’ai cru reconnaître une tête juste à côté de moi, le nez plongé dans un livre.

 

Je me suis retournée, ai examiné la silhouette, et je me suis rendue compte que je ne m’étais pas trompée : mon amoureux du lycée était là, à 30cm de moi.

 

J’ai un peu envie de m’extasier sur les heureux hasards, ceux qui font qu’un jour de grande déprime et de doutes en tous genres, tu retrouves ton amoureux du lycée juste à côté de toi dans le métro, celui là même que tu n’as pas revu depuis la remise des diplômes du bac, il y a 4 ans, au fin fond de la Normandie.

 

Parce que tu vois, si y’a bien quelqu’un qui pouvait me redonner le sourire juste avec sa présence, c’est bien lui.

Avec mon amoureux du lycée, on était Paul et Pauline, Paulo et Pau pour les habitués, et ça nous faisait rire.

Mon amoureux du lycée, il m’appelait « la poule », parce qu’il disait que j’avais autant de mémoire que ces bestioles (d’après lui, elles en ont moins que les poissons rouges). De mon côté, je l’appelais « le bossu », parce qu’il imitait drôlement bien le dromadaire, et que dromadaire c’était trop long à dire.

Mon amoureux du lycée, il a 4 ans de plus que moi, et pourtant, il est entré en 1re en même temps que moi.

Parce que tu vois, mon amoureux du lycée, il avait beau être drôle, beau, intelligent, musicien et adorable, sa plus grande qualité à mes yeux, celle qui faisait que je le regardais avec des yeux énamourés, c’est qu’il était aventurier.

 

Mon amoureux du lycée, avant d’arriver dans mon lycée, il était parti vivre seul 1 an et demi en Argentine. Il en était revenu avec un look de baroudeur décalé, baggys en lin, pulls en laine bariolés, cheveux un peu longs et barbe, une sorte de Che Guevara des temps modernes. Moi, j’avais une besace militaire, récupérée au fond du grenier, je peignais mes Converse et ne coiffais pas mes cheveux, je mettais des jeans et des tshirts avec plein de couleurs.

Mon amoureux du lycée, il portait mon sac, me prêtait son bonnet, me jouait de la guitare, me montrait ses figures de skate, me racontait ses aventures argentines et ne parlait pas d’avenir, parce que l’avenir n’existait pas pour nous, aujourd’hui était suffisant.

Mon amoureux du lycée, il s’est trouvé une autre amoureuse à la fin du lycée, pendant que je me débattais avec mon histoire compliquée de l’homme marié, et il est parti 1 an en Finlande, après le bac. Et on ne s’est plus revus.

Mon amoureux du lycée, quand on s'est quitté, il a dit que dans 20 ans, on serait mariés avec 3 gamins.

Mon amoureux du lycée, il était un peu grunge/baba cool/hipster, et le regarder évoluer autour de moi suffisait à me rendre heureuse.

 

 

Aujourd’hui, mon amoureux du lycée s’est définitivement posé avec son amoureuse de la fin du lycée.

Mon amoureux du lycée, il bosse dans l’immobilier de luxe, a les cheveux courts et la barbe bien taillée. Il met des pulls très doux, avec une chemise en dessous, et a rangé ses pompes de skateur. Il parle de l’avenir, il rit moins et est un peu plus sérieux.

Quand j’ai discuté avec mon amoureux du lycée, je me suis rendue compte qu’il avait grandi, qu’il avait arrêté de croire aux chimères qui nous ont bercé pendant longtemps.

Mon amoureux du lycée, il est adulte aujourd’hui.

 

Moi, j’ai toujours ma vieille besace, et je portais encore mes Converse peintes quand je l'ai vu.

Ma vie est toujours aussi bordélique qu’à l’époque de mes 17 ans, et j’ai pas évolué.

 

 

Je ne sais pas encore quelle prise de conscience m’a effrayée le plus, lui adulte, ou moi adolescente.

 

 

Commentaires

  • Et si c'était lui avait tort de ne plus croire en ses chimères ?

  • Et si c'était lui qui avait tort de ne plus croire en ses chimères ?

  • Tu sais, moi j'ai 28 ans, et j'ai l'impression que ma vie est aussi bordélique qu'il y a 10 ans. Mais finalement, est-ce que ce n'est pas maintenant qu'il faut profiter, même si c'est un peu le binz ?

    Certains de mes potes sont mariés avec 2 ou 3 enfants, et moi je passe mes week-end avec une besace militaire pleine de tracts (la semaine j'essaie d'avoir une tête d'adulte).
    Et je n'arrive pas à décider où je veux vivre, je n'arrive pas à envisager ma "carrière" au-delà de 6 mois.

    On vit des choses, parfois difficiles, mais fortes, et ce n'est pas à la retraite qu'on les vivra. A ce moment-là, on se reposera.

  • Un commentaire plutôt vide.
    Juste une bise, une pensée.

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